Par Ascanio Graziosi 

    Ce n’est pas la première fois que l’Afrique est à l’attention du monde. Nous estimons que cette fois l’intérêt continuera au-delà d’un horizon temporel restreint, car l’enjeux est la gestion des immenses ressources naturelles; d’ici la question: qui seront les futurs Patrons? 

    Ascanio Graziosi

    L’immense potentiel de ressources naturelles est une donnée favorable, mais en même temps est l’envers de la médaille car la situation peut susciter la cupidité des uns et des autres, comme il est dans la logique des choses.

    De nos jours dans le Continent les disputes commerciales ont remplacé les guerres traditionnelles, et en conséquence la conquête des marchés a remplacé la conquête des territoires. 

    Pour éviter que le Continent puisse devenir un territoire de conquête, il faut des efforts conjoints des parties prenantes afin de réaliser ce qu’a été conçu.

    D’après nous le futur est la projection du présent héritier du passé et les Africains aujourd’hui sont appelés à décider en tant que successeurs d’une histoire tracée par des autres; donc,il revient à eux donner une réponse à la hauteur de la tâche qu’est immensurable.

    Le lendemain de l’Indépendance, les Acteurs étaient des visionnaires (pour tous, P. Lumumba), aujourd’hui ils sont des Chefs Émergents ou Représentants des Acteurs étrangers qui agissent sous le drapeau Développement Égale. 

    Mais il y a des doutes que le jeu sera égal, en raison du fait que les homologues Africaines des acteurs américains, chinois et européens gèrent les ressources avec des objectifs qui excluent le bien-être des populations.

    Nous ne disons pas qu’ils doivent avoir un comportement caritatif parce que cela pourrait même être un danger, mais de respecter à la fois la viabilité et la durabilité des interventions. C’est un fait que la politique des interventions parfois a été conçue pour répondre aux intérêts des puissants.

    D’une certaine manière, le continent est encore une terre de conquête et, en effet, les nations puissantes se battent les unes contre les autres pour s’emparer des immenses ressources naturelles; bien plus encore, elles exportent entre-temps la culture et le style de vie, ce qui pourrait mettre en danger les valeurs, la culture et les traditions de l’Afrique. Pourquoi les Africains qui comptent n’ont pas réagi? 

    Pourquoi et comment il n’a pas été possible ajourner le style de vie des communautés locales? Ils ont imité l’organisation institutionnelle et politique des démocraties occidentales, tout en négligeant les trois piliers de la tradition africaine: les peuples, les sages, le chef du village; en conséquence, la remise du bâton a été d’un Général étranger à un Capitaine national. 

    Heureusement, il y a des visionnaires et chefs des organisations qui ont décidé de couper les liens avec le passé. Ce passage est plutôt notable au niveau des huit États Membres de l’UMOA (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger et Togo) qui ont en commun une même unité monétaire (FCFA) et la Banque Centrale (BCAO).

    On peut donner a une explication historique sur le fait que le passage à l’indépendance a été plus remarquable dans les anciennes colonies de la France: à l’époque elle a transposé dans les Pays d’Outremer son organisation de l’État, au contraire de l’Angleterre qu’à côté de la tradition locale a établi un système administratif parallèle. Une toute petite réflexion. Lors d’une de nos missions dans le Continent, un Sénégalais nous a fait noter: regardez le centre de Dakar, il y a les mêmes ruettes des vieilles villes françaises.

    Dans les années quatre-vingt du siècle passé nous étions dans la Région Sahélienne et nous avons été témoins de la prise du pouvoir et la chute du Capitaine Sankara qui était appelé le Président poète avec la guitare et qui changera le nome (colonial) du Pays Haute-Volta en Burkina Faso: le Pays des hommes intègres. Sans doute un concept qui révèle une haute considération de soi qu’est partagée par les peuples de la Région, qui sont habitués à vivre dans un environnement hostile et où la pauvreté et la fierté des populations sont évidentes. 

    Le changement en cours a été réitéré à l’occasion du Sommet Italie-Afrique, tenu à Rome fin Janvier et souligné par M. Moussa Faki Mahamat, président de l’Union Africaine « Les promesses ne nous suffisent pas, passer des paroles aux actes »

    Parmi les Africains qui ont une vision prévoyant ainsi que des objectifs à réaliser en thème de croissance socio-économique, il y a le magnat et banquier nigérian T. Elumelu, qui a proposé l’Africapitalism; et il faut aussi mentionner M. Akinwumi Adesina AfDB, M. Ivo Arrey Mbongaya (African Centre for Community and Development), M. Lewis M. Ndichu,  et d’autres, car la liste n’est pas petite.

    Pour atteindre les objectifs, chaque Africain doit se mobiliser au niveau social, politique, administratif et économique.

    Toutefois, traiter le Continent en tant qu’une seule entité est décidément un faux départ. Il y a cinquante-quatre pays et, encore plus important, dans chaque pays la population ne partage pas la même identité. Il suffit de considérer l’aspect linguistique et réfléchir sur le fait qu’il y a différents idiomes et la communication parmi les populations d’une même nation n’est pas immédiate. Le lendemain de l’Indépendance – début années soixante du siècle écoulé – les langues des colons (français, anglés, português, etc.) ont été le seul élément de l’unité nationale et les actes publics était en langue coloniale.

    Du point de vue géopolitique on peut tracer des Régions en quelque sorte homogènes. Il y a les Pays MENA (Middle East & North Africa) dont la liste peut changer selon la source et normalement il s’agit d’une vingtaine de Pays allant de l’Irak au Maroc : Kuwait, Liban, Libye, Malta, Maroc, Oman, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Tunisie, Émirats Arabes Unis, West Bank & Gaza, Yémen, Irak, Iran, Algérie, Jordanie, Israël. Ils ont une vision distincte et appliquent des politiques totalement différentes.

    En groupant les pays par le facteur linguistique-ethnique, il y a environ quatre cents ethnies au sud du Sahara, en Afrique centrale, orientale et méridionale, dont Nigeria et République de l’Afrique du Sud sont appelés les géants du continent, en raison de l’importance socio-économique que largement dépassé les autres Pays. 

    Le sous-dit Corne de l’Afrique a une spécificité, dont les populations ne partagent pas l’ethnie Bantu, venant de l’Asie et ayant l’Éthiopie le quatrième Pays du Continent par population et la Somalie que depuis les années soixante a connu un régime dictatorial et à la chute de Siad Barre a été à la merci des gens sans scrupules.  

    Quelques réflexions concluantes. Tout d’abord il est à considérer que dans la logique des choses les Puissants du monde (Chine, Europe, USA et l’outsider Turquie) sont déjà positionnés pour l’exploitation desdites ressources. Donc, une première question : comment se positionneront les Africains? Mieux encore, quelle sera la réaction des Africains qui comptent?

    Aujourd’hui, ceux qui compte sont les Généraux de l’armé et les nouveaux Patrons, et cette situation ne laisse pas bien espérer: ils ont justifié la prise du pouvoir pour le manque de démocratie. Le fait est que cette critique a continué depuis cinquante ans. 

    Bien sûr, il ne nous appartient pas faire des recommandations; tout de même, que peut-on faire pour achever un développement inclusif dans les pays? 

    Nous avons déjà publié quelques pages à ce sujet (voir notre interview A new Model for Financing development in Africa).

    En bref, il revient aux Nouveaux Patrons ouvrir l’avenue vers le futur. Les ressources financières ne manquent pas et donc incombe aux capitalistes mettre en place un Fonds d’Investissement Privé dans chaque Pays avec les objectifs suivants: 1) Libérer les ressources financières privées déposées dans des comptes dormants; 2) Financer des investissements productifs; 3) Donner plus d’attention à l’économie réelle; 4) Répondre à la demande des populations.

    Les résultats attendus pourront être: A) création d’emplois; B) Arrête de l’émigration; C) Récupération de la main-d’œuvre expatriée; D) Implication davantage des populations dans le processus de la prise des décisions politiques; E) Démocratie; F) Autonomie et indépendance. 

    Ascanio Graziosi – Titulaire de Innovative Financial Inclusion Solutions, un cabinet financier qui fournit aux décideurs politiques et aux clients privés des services de conseil visant à créer un environnement financier favorable et à faciliter le démarrage et la croissance des entreprises. Graziosi a une solide expertise dans le domaine du développement économique. Il a collaboré avec seize pays africains, sur vingt-quatre répartis sur trois continents, en tant qu’économiste du développement pour le compte d’agences de financement internationales (Banque mondiale, FAO, PNUD, OMS, GVT italien, GVT danois, entreprises privées).

    (Les opinions exprimées dans cet article n’appartiennent qu’à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale ou les opinions de World Geostrategic Insights). 

    Source de l’image: Flickr

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